Le film "Les Liens du sang" de Jacques Maillot est actuelement à l'affiche avec Guillaume Canet et François Cluzet. Un long-métrage tirée de la véritable histoire de deux frères lyonnais : les Papet. Dans les années 70, Bruno Papet était flic à Lyon. Alors que son frère, Michel, était truand. Pour Lyon Mag, ils ont accepté de jouer le jeu de la confrontation, en étant interviewés séparément.
Leur relation
Un flic et un truand : tout sépare a priori les frères Papet. Et pourtant, tous deux estiment qu'ils ont toujours eu beaucoup de respect l'un pour l'autre. Mon frère ne m'a jamais reproché mon engagement dans la police. Ça l'a même plutôt amusé explique Bruno Papet, 63 ans, ex-inspecteur divisionnaire à la Brigade de Recherche et d'Intervention de Lyon, en ajoutant : Bien sûr, j'aurais préféré que Michel ne devienne pas voyou. Du coup, pour moi, à sa grande époque, c'était impossible de le fréquenter. D'ailleurs, ma hiérarchie me l'avait bien fait comprendre. Même diagnostic pour Michel, 65 ans : C'était un flic loyal, qui faisait correctement son boulot. Pas un ripou. Mais un flic quand même... Aujourd'hui, ils s'appellent souvent et se voient régulièrement... Même si Bruno est formateur en sécurité à Lyon, alors que Michel est retraité à Lyon. Ensemble, ils ont déjà écrit trois livres, dont une autobiographie, mais aussi donné des dizaines de conférences...
Leur image
J'aimerais l'avoir comme ami si c'était pas mon frangin. Car il est droit et généreux, affirme Michel, à propos de son
frère. Alors que Bruno estime que son frère Michel est un vieux lion du signe du Lion et en plus Lyonnais ! C'est-à-dire qu'il est entier, généreux... Mais il a le coup de sang facile. D'ailleurs, quand on était gamins, il m'a souvent protégé. Aujourd'hui encore, je sais qu'il faudrait pas me toucher sans avoir affaire à lui ! Et Michel Papet a de quoi impressionner : trapu, des mains de bûcheron, une gueule de boxeur... Rien à voir avec son frère, qui est plus svelte, le visage moins marqué. Pourtant, tous deux font exactement la même taille : 1,72 m. Autre point commun : Des yeux couleur de myosotis, comme l'a écrit la célèbre journaliste écrivain Françoise Giroud.
Leurs disputes
La rupture date de 1968, quand Bruno devient gendarme, alors que son frère plonge dans le Milieu. On ne s'est vraiment retrouvés qu'en 1995, affirment-ils. Michel Papet a commencé sa carrière de voyou à 18 ans, avec un cambriolage qui lui a valu 6 mois de taule. Il sera ensuite condamné à plusieurs reprises : pour avoir cassé le poignet d'un agent de police et pour une bagarre en 1968, pour meurtre en 1969 et enfin pour trafic de fausse monnaie, proxénétisme aggravé et racket en 1983. Soit au total 5 séjours en prison, d'une durée totale de 16 ans. J'ai très mal vécu sa première condamnation. D'autant plus qu'à l'époque, je voulais devenir motard dans la gendarmerie. Et à cause de ses bêtises, j'aurais très bien pu être recalé à l'enquête de moralité explique Bruno, qui entrera dans la police en 1971. Son frère Michel ajoute : On avait chacun pris notre chemin. Je n'étais pas tributaire de son choix de vie et il ne l'était pas du mien que j'assumais à 100 %.
Leurs meilleurs moments
Les gens ont tous des oreilles différentes, mais ils ont tous des oreilles ! C'est la grande blague des frères Papet, qui ne peuvent s'empêcher d'éclater de rire quand ils la racontent. Une blague qui remonte à l'enfance : Un jour où on s'ennuyait à la messe du dimanche matin à l'église de Montessuy, à Caluire, on s'est fait cette réflexion qui nous avait bien fait marrer. Depuis, on la ressort dès qu'on se trouve dans des situations absurdes raconte Michel. Mais son frère se souvient également du jour où ils se sont retrouvés en 1995 : C'était le 11 novembre, chez notre cousine Alice. Michel est entré, on s'est regardé droit dans les yeux. Il n'y avait plus de voyou ni de flic. On était juste deux frères qui se retrouvaient. On s'est embrassés, on a regardé de vieilles photos, puis on a mangé, bu un verre et joué à la pétanque. On était bien. Enfin.
Leurs différences
Le flic est un voyou qui n'ose pas aller jusqu'au bout lance Michel en expliquant : mon frère est plus posé, plus réfléchi, plus réservé, plus respectueux... Alors que moi, je suis plus impulsif, plus excessif. J'étais prêt à claquer 2 000 balles en une soirée. Et si j'avais besoin de pognon, j'allais braquer. Bruno est tout aussi spontané pour juger Michel : Mon frère a toujours été extrême, dans son comportement, dans ses amours... Il n'a pas de limite. Il a toujours eu ce côté rebelle. Déjà, à l'école primaire, il n'acceptait pas les règles.
Leurs armes
Je n'ai jamais été arrêté sur un braquage. Pourtant, avec mon équipe, on a été les premiers à braquer plusieurs banques d'un coup. Car ça permettait de perturber les flics qui ne pouvaient pas se concentrer sur un braquage raconte Michel, qui utilisait dans ces cas-là les armes seulement pour faire peur. Mais l'aîné des frères Papet a déjà franchi la ligne jaune. Je n'aime pas en parler, mais c'est vrai que j'ai déjà tué plusieurs fois. Mais c'était des voyous comme moi au cours de règlements de compte. Car quand ça se passe mal, il vaut mieux être le boucher que le veau.
Bruno, le flic, lui, n'a jamais tué personne. Et s'il s'était retrouvé face à son frère ? Il n'aurait sans aucun doute pas pressé sur la détente. En dehors de l'entraînement, j'ai fait usage une seule fois de mon arme. Un voyou qui avait pris en otage un collègue. J'ai tiré à travers le pare-brise de ma voiture. Mais personne n'a été blessé.
En tout cas, les frères Papet sont tous les deux attirés par les armes. À son époque gangster, Michel utilisait des Magnum à barillet 11.43 et 11.44, mais aussi un fusil à pompe à canon scié. J'avais un tir instinctif et j'ai rarement loupé la cible. Mon frère, lui, c'est plus du tir de précision. Bruno confirme : Je pratique le tir sportif sur cible. Ses armes préférées, le Sig Sauer, le pistolet utilisé aujourd'hui par la police et le fusil à pompe à canon court.
Leurs femmes
Les deux frères ont des goûts assez proches. Plutôt des nanas avec des fesses bien rebondies et à la tête bien pleine lance Bruno le flic, pour qui on peut tout à fait tomber amoureux d'une pute. Car une pute, c'est d'abord une femme avec un cúur, mais aussi une victime. Des propos confirmés par Michel, l'ancien proxénète : Moi, j'ai vraiment aimé certaines putes, comme Laurie. Et il ajoute : Le flic voudra toujours la femme du voyou, alors que le voyou volera jamais la femme du flic.
Mais s'il y a une femme qui a joué un rôle clé dans la vie des frères Papet, c'est leur mère, qui les a abandonnés alors que Bruno avait 2 ans et Michel 5 ans. Nous avons vécu cette séparation comme une grande souffrance. Ça explique peut-être la dérive de mon frère qui l'a ressentie plus tôt. Moi, ça m'a blessé beaucoup plus tard, à 32 ans quand, un jour, elle m'a appelé à la PJ souligne Bruno.
Leurs valeurs
Il faut respecter la loi et rester humain avec les victimes, mais aussi les suspects lance Bruno, avant d'ajouter : Il y a des limites que je n'aurais jamais franchies, comme tabasser un type ou bien tirer sur quelqu'un sans réfléchir. Quant à Michel, il ne se reconnaît pas dans la nouvelle génération de voyous, qui vendent de la drogue, tuent des flics pour rien... Le code d'honneur du truand, c'est de respecter ses amis, jamais piquer leur nana. Et surtout ne jamais balancer. Chez moi, c'est naturel : je n'ai pas de mémoire. C'est ce qui a toujours fait le malheur des juges d'instruction.









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marie