J’ai commencé à le survoler puis rapidement j’ai plongé dans le dernier Azouz Begag. Et je ne l’ai plus lâché. 316 pages. Ça se lit tout seul. Une sorte de blog coloré, frais et drôle. Pétillant de malice comme Azouz. Une “Guerre des moutons” (Fayard) où il raconte ses deux années de “sous-ministre à l’égalité des chances”.
Un récit à la fois émouvant et loufoque. Comme ce frère qui meurt et qui se réveille avant de re-mourir. Ou comme cette rencontre dans une école avec un jeune black qui joue avec les mots. Bidonville, bidon d’huile, sociologue, sorcio-logue.... C’est la magie de Begag le sorcier, qui vous prend au piège.
Et puis il y a cette fausse migraine pour sécher le conseil des ministres. Extrait : “Je reste au chaud à Lyon. Ma mère a besoin de moi, beaucoup plus que Chirac et Villepin. Auprès d’elle, je sers au moins à quelque chose”. Toujours dans ce style vif et rythmé, il raconte alors les quatre jours où il va disparaitre. “Allo, allo, monsieur le ministre, vous êtes là ?” Débranchant son portable pour se planquer dans son petit appartement de la Guillotière, rue de l’Humilité, ça ne s’invente pas. Ou pour se lancer dans d’interminables jogging le long des berges du Rhône, planqué derrière des lunettes noires. Seul, agité, ressassant ses états d’âme... On le se suit à la trace, au hamam quand il prend un bain de vapeur à l’eucaliptus, quand il dine avec ses filles chez Carlo, où il dévore une pizza au saumon “les meilleures de Lyon” ou quand il téléphone au père Delorme : “C’est mon ami. Jamais en deux ans de ministère, il ne m’a sollicité pour le moindre service alors que des dizaines de pauvres, de sans abri, de clandestins, d’immigrés et desespérés occupent son église, son appartement, son esprit et son cœur”.
Et plus loin, on se marre quand il refuse de rappeler Chirac qui s’inquiète. Après lui avoir demandé au cours d’un tête à tête de ne pas publier son “Mouton dans la baignoire” où il raconte comment Sarkozy l’a insulté, menacé...
Et l’histoire va se conclure bien sûr à Matignon, par la démission d’Azouz Begag. “C’est fini, je ne suis plus ministre. Villepin me raccompagne jusqu’à la sortie (...). Un huissier m’ouvre la porte. Dehors il y a la vie qui m’attend. Le vent d’avril sent la glycine. Villepin me donne une accolade fraternelle (...) Les derniers mots restent bloqués dans la gorge. Ça fait trop mal. On a perdu. Tant d’énergie pour rien. Au bas des escaliers, je suis comme sur un quai de gare, face à des voies désertes. Bonne chance”. Une belle écriture tout de même, à la fois moderne et raffinée.
On le voit alors s’engoufrer dans sa belle 607 bleu de ministre. Dernières minutes protocolaires. A la fois fasciné, lui l’enfant des bidonvilles lyonnais. Mais toujours rebelle. Il se lance notamment dans un dernier petit délire en évoquant ses costards de ministre “pendus haut et court” dans son placard qui ne serviront plus. Et le voilà dans le TGV qui le ramène à Lyon, faisant semblant de dormir pour échapper aux emmerdeurs avant d’être réveillé par un contrôleur : “Vos papiers !” Sacré Begag, nouveau délire.
Et puis il y a des petites phrases lumineuses qui surgissent au cœur de ce récit comme celle-là : “ Je ne supporte plus qu’on me traite de sensible. Avoir des convictions et s’y tenir serait devenu synonyme d’idiot en somme ?”
D’ailleurs, quand on referme ce livre, on n’ose plus dire que Begag est un artiste perdu dans cet univers impitoyable de la politique. Mais on se dit au contraire que des types comme Begag devraient avoir leur place en politique.
“Une guerre des moutons” à lire absolument. Surtout si vous n’aimez pas Begag car vous finirez par tomber sous le charme. Et on attend avec impatience le troisième “mouton” où le sorcio-logue lyonnais va nous raconter sa candidature aux municipales à Lyon et comment Michel Mercier, le président du conseil général, a réussi à le faire craquer. Inutile de dire que ça va sûrement être très drôle et féroce.









Commentaire
Black
Cefoutu
@ PBL