13-05-2008

Le photographe : "On pleurait en permanence"

Reporter-photographe au Progrès, Bernard Schreier a couvert les événements de mai 68 à Lyon : “Pour un photographe, c’était un sacré événement. Mais les journaux lyonnais ne sortaient plus. Du coup on essayait de vendre nos photos à des journaux américains, anglais, italiens, suisses,... Moi je suis allé plusieurs fois à Genève essayer de les transmettre Je me souviens aussi que la police voulait nous piquer nos photos. Et je crois qu’ils sont arrivés à en saisir un certain nombre. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi pendant un mois. Ils se passaient quelque chose tous les jours. Sur les manifs on prenait des coups de matraque. Mais il y avait surttout les grenades lacrymogènes.... On pleurait en permanence. Les étudiants en médecine nous mettaient du citron dans les yeux pour combattre les effets des gaz. Mais c’était encore pire! (....) Au début, c’était une ambiance de récré. Les étudiants ont occupé la faculté : on entrait dans les facs par les fenêtres en se faisant la courte échelle, des couples faisaient l’amour sur l’herbe.... C’était assez fou ! Et puis il y a eu les premières manifestations. On avait l’impression d’un grand jeu : les étudiants construisaient une barricade, ils y mettaient le feu, les pompiers et la police débarquaient. Et les étudiants recommencaient un peu plus loin. (...) Le 24 mai, les événements ont pris un tour dramatique. Je me souviens que vers 23h, les manifestants qui se sont retrouvés face aux policiers sur le pont Lafayette. Certains étudiants tapaient avec des barres de fer sur la rambarde du pont. Ca faisait un bruit complètement dingue. D’autres balançaient des billes d’aciers avec des lance-pierre. De temps en temps, on voyait un CRS tomber. Sous le pont des pompiers avec des zodiacs attendaient prêts à intervenir au cas où quelqu’un tombe à l’eau. Tout à coup, on a vu un camion partir, zigzaguer.... C’est là que le commissaire est mort. (...) Le 30 mai, les gens de droite sont descendus dans la rue. Il y avait du monde. Et ça gueulait aussi fort que les étudiants. Là on a compris que c’était fini. ”

 

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