14-05-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

Quoi de neuf ? Emile Véron, 83 ans ! Ce patron lyonnais vient de publier une lettre ouverte qui interpelle avec une certaine vivacité Sarkozy sur son fameux “travailler plus pour gagner plus”.

Et pour faire passer le message, Véron s’est payé une grande page de pub dans le Figaro. A lyonmag.com qui l’a interviewé, il précise d’ailleurs que ça lui a coûté cher sans donner le prix. Mais on peut vous assurer qu’il a du sortir au minimum 40 000 euros. Ce qui souligne qu’il avait vraiment envie de s’exprimer.
Pour les plus jeunes et les amnésiques, il faut préciser que ce patron lyonnais est le fondateur de Majorette, une entreprise spécialisée dans les voitures miniatures. A l’époque on n’avait pas encore inventé les Playstations. Du coup, les petites Majorette, ça cartonnait. D’ailleurs, cette PME performante basée à Rilleux emploiera jusqu’à un millier de salariés. C’était dans les années 80.
En plus, Véron était un patron social qui n’hésitait pas à tenir des discours assez avant-gardistes pour l’époque. Et ce n’était pas que des discours : Il distribuait des actions à ses salariés, jouait la transparence en affichant notamment son salaire et celui de ses cadres, c’était également un partisan du dialogue, de la concertation... Et il était très sensible aux conditions de travail.
Mais il a fini par se casser la gueule au début des années 90 car il n’a pas su délocaliser à temps sa production. Et pour cause, il n’arrivait pas à virer ses salariés, au nom de la rentabilité. Une sacrée faiblesse pour un patron !
Pour éviter de trop simplifier, on ajoutera que ce patron emblématique avait une autre faiblesse, c’est qu’il se consacrait de moins en moins à son entreprise. Il a d’abord écrit un bouquin, “Pour en sortir” et il multipliait les colloques, les débats... Il a même failli se lancer en politique au moment des présidentielles de 88. Du coup, le patron de Majorette n’a pas vu venir la vidéo et autres jeux d’avenir qui ont détrôné ses petites voitures en plastique. Mais au final, on gardera l’image d’un sacré personnage. Tout ça pour dire que le personnage est de retour. Il y a quelques semaines, il avait déjà tenté de racheter Majorette au groupe Smoby lui même confronté à des graves difficultés. Et c’est peut-être ce qui l’a réveillé.
En tout cas quand on lit sa lettre à 40 000 euros, on constate que Véron a voté Sarkozy en flashant sur une idée simple :  pour redynamiser l’économie, il faut revaloriser le travail. Il n’était pas le seul, notamment chez les patrons. Et une formule lui avait plu “travailler plus pour gagner plus”. Sacrée formule qui était basée sur un système simple : exonérer les heures supplémentaires de toutes charges sociales, salariales mais aussi patronales. Or, se lamente aujourd’hui Emile Véron, Sarko n’a pas tenu sa promesse. Puisqu’il n’a pas exonéré les entreprises de ces fameuses charges. Du coup, les entreprises n’ont pas joué le jeu. En freinant sur les heures supplémentaires. Bref, le “travailler plus” a fait un bide. Et le fondateur de Majorette se désole. En implorant Sarko de se ressaisir.
Sur le fond, Véron a raison. Son analyse est imparable. Quand un candidat à la présidentielle lance une promesse, il faut la tenir. Surtout si cette promesse constitue un élément clef de son programme. C’est tout le problème Sarko. Sa campagne a été superbe. Séduisant, brillant, percutant.... Un vrai artiste. Mais c’était trop beau pour être vrai. De la com, au fond. D’ailleurs un certain nombre de sceptiques, comme moi, ont tout de suite senti l’arnaque. Et aujourd’hui vu les sondages, on est un peu plus nombreux à avoir compris.
“C’est décevant et grave” avoue aujourd’hui Emile Véron à qui on reprochera simplement d’être un peu naïf, malgré ses 83 ans. Ce qui est incontestablement un signe de jeunesse ! Mais on peut aussi envisager le pire : que le patron de Majorette se soit vraiment lancé en politique. Et encore pire qu’il ait été élu président de la République, le pauvre. Car la politique c’est tout de même un sacré métier où il n’y a pas beaucoup de places pour les naïfs.

 

Commentaire

Erge

Pour répondre à Philippe Brunet Lecomte est son blog , j’ai eu par lui connaissance de l’article d’Emile Veron dans le Figaro, se sont des lectures dans ce journal qui ne me sont pas habituelles .De même , il m’est difficile de m’exprimer au tarif de 40000 euros , la moitie de cette somme a constituer ma prime de départ après 32 ans de travail dans la société .ceci pour dire que nous n’avons pas les même valeur. Toutefois je reconnais le coté novateur d’Emile, dans l’intéressement au travail, sa sensibilité au social de l’entreprise, ceci pendant une bonne vingtaine d’année, ce qui, dans ma vie professionnelle je lui suis reconnaissant et comme beaucoup je lui dois le respect. Mais ou je ne suis pas d’accord avec PBL , c’est la cause de s’être (casser la gueule) ; pour ne pas avoir délocalisé assez tôt dit t’il. Je crois plutôt qu’en délocalisant, il a perdu son âme et ses illusions, d’une société toujours en marche par la participation de chacun, cette société, il y était presque parvenu, mais grisé par le succès, il a voulu se montrer en exemples et donner des conseils à des banquiers et à des politiques, qui sont encore moins que lui à l’écoute des remarques du bas peuple. Lui le grand communicateur, il s’est laissé bercer par les violons d’une cour de plus en plus nombreuses de béni oui-oui, en promouvant au grade de directeur de simple représentant beau-parleur , et excluant au loin la voix plus sage ou même plus pragmatique de technicien et même ceux de sa famille la plus prés. Je reste persuader que le jouet en France avait encore sa place , à conditions d’y croire et d’innover en conséquence, ce que l’on n’ a plus fait quand on a commencer à délocaliser, il est vrai que c’était la mode et prouver que l’on gagnerait plus avec une main-d’eouvre 5 fois moins cher, c’était facile même si à bien y regarder, dans ces prix de revient made in Thaïlande on ne comptait pas les couts d’étude ni l’outillage ni les charges de ceux qui en faisait les transferts et l’apologie, car pour un cadre, ce sont des voyages plein de reconnaissance et d’expérience, aux frais de la société mère, et non sur le cout des produits de ces pays. Malheureusement certain y on laissé leur vie, mais beaucoup ce sont bien « formé ». Il est d’ailleurs rigolo de mettre en parallèle les charges d’une entreprise que l’on réparti selon la vision du moment, et les charges de la maison France que tous veulent voir baisser tout en profitant des bienfaits des administrations : de sécurité, de licenciement, de formation et j’en oublie surement dans les aides de l’état pour délocaliser, ce qui est un comble. Entre parenthèse si délocaliser était la solution l’entreprise serait encore en vie !!! En conclusion je me méfit des idées simples, elles sont l’a panache des dictateurs, plutôt que de travailler plus on devrait travailler mieux avec plus d’intelligence et sans apriori et sans se laissé bercé par des artistes séduisant, brillant percutant, on devrait écouter un peu plus ceux qui ont les pieds sur terre, ce qui n’empêche pas d’avoir la tête dans les étoiles.

i have a dream

Pardon pour ce lapsus que je n'espère pas révélateur: je voulais écrire "latouche a pris le contrôle de Lyon capitale" (et non de Lyon Mag)

i have a dream

Cette nuit, j'ai fait un rêve: au lieu de s'entredéchirer, la presse locale (Lyon Mag, la Tribune de Lyon, Lyon Capitale, le Progrès, les Potins) parvenait enfin à s'unir par la signature d'un protocole établissant les bases de leur indépendance politique, financière comprenant une clause d'assistance sur le modèle du devoir d'ingérance lorsque l'indépendance d'un confrère est menacée. Ce n'était qu'un rêve: Latouche a pris le contrôle de Lyon Mag, le Progrès licencie et tente de sauver les meubles au sein d'un groupe, la Tribune est à l'agonie dans son splendide isolement et les Potins vivotent avec 1000 lecteurs abonnés institutionnels. Triste période pour la presse Lyonnaise autrefois laboratoire de dynamisme et d'indépendance. La plupart des élus sont très satisfaits de cette situation: un journal qui gagne de l'argent est un journal qui a les moyens de son indépendance, un journal qui en perd est soumis aux aléas des insertions publicitaires des collectivités locales distribuées par les bons princes en fonction de la sagesse du support. Pas un mot sur cette situation même si en sou- main, les neurones s'agitent. Alors, Lyon Mag vous êtes assez avertis pour vous méfier des gens "qui vous veulent du bien".

A.Monavi

Sarko a eu au moins le mérite de pointer les problèmes à résoudre alors que la gauche béatifiait sur un programme dépassé. Sarko s'est montrê prêt à affronter le conservatisme et la rigidité de l'éducation nationale, a finir avec la politique de l'autruche sur l'insécurité, à libérer les énergies de ceux qui ont le courage d'entreprendre plutôt que de les bloquer par des logiques bureaucratiques, d'encourager à l'achat de voitures peu polluantes avec le bonus-malus... Mais sauf exception, au lieu d'entamer un débat de fond, il s'est agité et dispersé pour se condamner à l'impuissance rapidement. C'est là qu'il montre ses limites. C'était bien vu son programme mais c'était du marketing. Pas des convictions ! D'où ce rappel à l'ordre de Veron que je trouve bien vu. Dommage qu'il ai du se payer une page de pub. Il aurait bien mérité une tribune gratuite !

thegone

Croire que les patrons (que je suis) augmenteront les heures supplémentaires ou avant cela, embaucheront si exonération de charges, ce n'est plus de la naïveté mais se faire le complice d'une arnarque organisée. Les exonérations de charges n'ont JAMAIS eu les effets escomptés sur l'emploi et ils n'en auront pas plus sur les heures supplémentaires. Un patron embauche, non parce que le coût du travail est moins cher, ou fait effectuer des heures supplémentaires, non parce que celles-ci seront exonérées, mais, parce qu'il a du travail à fournir. Prétendre le contraire est ahurissant. Tous nos politiques sans exception jubilent sur les PME-PMI. Un pourcentage non négligeable de ces PMI-PMI sont inférieures à 10 personnes. Faisons un calcul rapide, pour une enteprise de 7 personnes soit 6 employés + le patron non salarié. Imaginons une réduction sur les charges patronales plafonnées à 30 % 6 personnes à 1400 € brut mensuel soit 6 x 420 = 2520 € de charges patronales au lieu de 3360 € soit un diférentiel de 840 €. 1. On constate de suite (et pas besoin d'avoir fait HEC) que l'économie de de charges patronales ne permet pas d'embaucher une personne supplémentaire. Pourtant toutes les politiques de relance de l'emploi étaient basées sur cette méthode pour le résultat que l'on connaît. 2. A qui profite la différence ? Les réductions ou exonérations de charges patronales sont un leurre. Elles n'ont profité qu'aux grandes entreprises qui grâce à ces économies ont pu délocaliser à moindre coût et donc sur le dos de leurs employés "exonérés" UN COMBLE ! Arrêtons ces discours marketing, il faut au contraire augmenter les charges patronales. Les grosses entreprises ne pourront plus financer leur délocalisation sur le dos de leurs employés et ne pourront plus pratiquer le dumping sur le prix de Vente pour écraser les PME-PMI. Celles-ci pourront beaucoup MIEUX résister aux plus grosses entreprises qui sont les fossoyeurs de l'économie française. Ne nons trompons pas de combat. Les salariés et petits patrons sont dans le même bateau. M. Veron les patrons de grosses entreprises ne sont plus ce que vous avez été quand je lis votre parcours. imprimerie@hotmail.com

Revival

Et Nostal, Faut pas désespérer. Lyon Mag n'est pas seul. S'ils tiennent alors que Lyon Cap s'est fait bouffer sans réagir, c'est qu'il y a de l'espoir. Moi je signe la pétition et j'adhère à leur assoc des amis de Lyon Mag car il faut défendre le pluralisme de la presse à Lyon même si on n'est pas 100% d'accord avec ce qu'ils écrivent. Autant que je me souvienne, c'était le sens des messages de soutien pour leur fête de décembre. Presque six mois après, ils sont toujours là ! chapeau ! Comparez leur contenu avec les autres medias Lyonnais. Il y a quand même une petite différence quand même ! Pourquoi seuls les médias parisiens seraient d'un certain niveau et seraient les seuls à déménager style Marianne. On est plus con à Lyon ? plus ringard ? plus réac ? Non, ça bouge au contraire. Du moins j'espère.

Nostal

@Julie. Dommage qu'il n'y ait plus de patron de cette dimension pour faire barrage à ce Latouche qui veut se construire un petit empire de presse à Lyon avec des valeurs qui puent. Allez voir le blog d'Azzedine Haffar. Certains commencent à ouvrir les yeux.

F.T.

J'aimerai bien savoir pourquoi Emile Véron a voulu racheter Majorette au groupe Smoby , il y a quelques mois. Et surtout pourquoi le Tribunal de commerce l'a bloqué.

Max 5

Même si c'est vrai que cette lettre à Sarkozy est un peu naïve, je tiens à saluer Emile Véron que j'ai eu comme patron dans les années 70-80. C'était un grand bonhomme. Un vrai entrepreneur mais ça ne l'empêchait pas d'être profondement humain, c'est à dire attentif aux autres et notamment à ceux qui travaillaient avec lui. Rare. Et même si aujourd'hui Majorette n'est plus qu'un fantôme par rapport aux années 80, ça a été une belle aventure dont nous sommes nombreux à nous souvenir. Respect M. Véron !

Juie

40 000 euros pour constater une évdience et lancer un appel à Sarko qui risque de tomber à plat, à mon avis, c'est cher payé. Véron aurait mieux fait de faire un échec à Lyon Mag pour l'aider à défendre son indépendance !
1 2
 

Publicité ▼