11-06-2008

Sperme : 19 donneurs seulement à Lyon

Les HCL lancent une campagne d’information sur le don de sperme. Interview du Pr Jean-François Guérin, chef du service de biologie de la reproduction.

Pourquoi cette campagne ?
Jean-François Guérin : Parce qu’il y a seulement 19 donneurs de sperme à Lyon. Un chiffre en baisse chaque année. Du coup, 115 couples sont en attente aujourd’hui, pour une durée qui va de 6 mois à 1 an.
Les couples concernés ?
Dans la plupart des cas, des couples où l’homme est stérile. C’est-à-dire qu’il n’a pas ou a trop peu de spermatozoïdes. Mais on a aussi des cas de couples avec une anomalie génétique qu’ils ne souhaitent pas transmettre à leurs enfants. Comme la mucoviscidose. Et comme le don d’ovocyte est encore plus compliqué, les couples se tournent vers le don de sperme.
Et ça ne pose pas de problème au futur père ?
Avec 30 ans de recul, ça se passe plutôt bien. Mais c’est aussi pour éviter des problèmes qu’on donne un délai de réflexion de six mois aux couples.
Les hommes qui peuvent donner leur sperme ?
D’abord, il faut savoir que selon la loi bioéthique, le don est gratuit et anonyme. Ensuite, l’homme doit avoir eu au moins un enfant. Car on veut éviter que de jeunes hommes fassent un don, puis que, pour une raison ou une autre, ils n’aient pas d’enfants personnellement. Ce qui serait lourd à gérer psychologiquement. Résultat, les donneurs ont en moyenne plus de 30 ans. Ensuite, chaque homme peut faire jusqu’à 10 dons.
Pourquoi cette limite ?
C’est un peu arbitraire. Au départ, on voulait éviter les risques de consanguinité. Avec de nombreux enfants du même père qui risquaient de se rencontrer et d’avoir des enfants. Mais on a montré que ce risque est scientifiquement nul. C’est donc plutôt pour rassurer les familles qu’on reste limités à 10 dons.
Comment vous expliquez la réticence des hommes à donner leur sperme ?
D’abord contrairement au don du sang, il n’y a pas d’urgence vitale à donner. Ensuite, il faut se masturber à l’hôpital, ce qui n’est pas forcément très attirant. Et puis les femmes sont parfois opposées au don de leur mari. Enfin, ces hommes vont avoir des enfants biologiques dans la nature. Bref, c’est une démarche très altruiste.
Pourquoi ne pas payer les donneurs comme aux Etats-Unis ?
Ça me choquerait, parce qu’on entrerait dans une démarche mercantile qui n’est pas forcément très bonne pour les couples, même psychologiquement.
La campagne que vous allez mener ?
On va mener une campagne d’information grand public avec une affiche qui reprendra un slogan simple : “Les garçons ne naissent pas forcément dans les choux”, avec un chou comme visuel. Mais on va également sensibiliser les gynécologues, pour que les femmes aient connaissance du don de sperme.

 

Commentaire

Mauvais profil

J'ai 28 ans, une excellente condition physique et un bac+5. Un esprit sains dans un corps sain, d'où mes nombreux dons de sang... Seulement voila, en ayant finis mes études à 26 ans je n'ai pas eu l'occasion de faire un enfant donc mon don n'est pas acceptable. Ce n'est ni logique,ni éthique:pour un don anonyme,c'est le patrimoine génétique qui compte pas le patrimoine social... Il n'y a aucune "lourdeur psychologique" à transmettre ses gènes sans être parents, au contraire,c'est simplement de l'altruisme. Par contre,si la future mère de mes enfants s'oppose à ce don,je ne le ferai jamais de ma vie. Cette loi est inadaptée au vrai besoin! C'est pas la peine de dépenser l'argent de l'hôpital en campagne publicitaire.

Louis Petit

Je trouve une telle campagne très litigieuse. Les conséquences des FIV qu'elles soient physiques ou psychologiques sont loin d'être toutes positives. (mort d'embryon et sentiments d'épreuve lourds pour les parents cf article du Monde) Qu'une pratique du don de sperme soit prônée par la publicité alors qu'il y a des vies en jeu est pour moi très inquiétant "Certains ont eu le sentiment d'une instrumentalisation de leur corps, les femmes d'être devenues des machines à produire des ovocytes, et les hommes d'être réduits à un statut de donneurs de sperme à répétition. Ils sont ainsi nombreux à s'élever de plus en plus contre une médecine qu'ils qualifient de "vétérinaire", estimant qu'elle est trop standardisée et anonyme." http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2008/06/24/annie-bachelot-la-fecondation-in-vitro-est-vecue-comme-un-parcours-du-combattant_1062229_3238.html

Ni dieu ni maître

J' ai été donneur au CECOS il y a quelques années.. Je me souviens d'être allé dans un hôpital au bout du monde (entre deux RV professionnels très éloignés) où on ne peut pas se garer, d'avoir tourné en rond sur un parking complet, d'avoir cherché l'étage où "ça" se passait, d'un long couloir pas très engageant, d'un entretien limite indiscret (à quand remontent vos derniers rapports sexuels ? et alors ! en quoi ç'est important?...), d'un placard pour se masturber, de magazines porno (tendance hard allemand, sans doute l'influence gynéco hospitalière) qui donne l'effet inverse de celui recherché, Je me souviens d'une ambiance pourrie.. Je suis allé au CECOS par "militantisme" : j'avais eu 2 enfants, dont l'ainée après 4 FIV, je voulais, à mon niveau, rendre à la recherche médico-scientifique ce qu'elle m'avait apporté, la joie de la paternité... Cela a-t- il changé? Si vous voulez des donneurs, soignez les conditions de la "collecte", on n'est pas du bétail...
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