23-06-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

Plus de trois heures en correctionnel. C’était mardi dernier. Un procès en diffamation contre Lyon Mag. Généralement, je n’y vais pas car avec plus d’une centaine de procès en diffamation (gagnés à 90%) depuis le lancement de Lyon Mag, je passerais ma vie au Palais de justice.

Mais cette fois, notre avocat, Me Bontems, a insisté. Il faut dire que l’affaire était assez exemplaire puisque cette fois, c’était un magistrat qui nous attaquait : le président de la cour d’assises de Grenoble, Jean-Pierre Béroud, qui a jugé Marc Cécillon, le fameux rugbyman, une star à la retraite en pleine dépression, que sa femme venait de quitter... Et qu’il a abattue un soir de beuverie. Bref, une affaire passionnelle. Mais il a pris 20 ans. Très sévère.

Comme toute la presse, Lyon Mag a critiqué ce procès et son principal instigateur, Béroud justement. Avec un article titré “Cécillon victime d’un magistrat controversé”. J’ai relu cet article d’Emmanuel Derville avant l’audience et je suis resté scotché. Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Dans le genre, Lyon Mag a l’habitude de cogner beaucoup plus fort. En prenant beaucoup plus de risques.

Le sommet de cette critique, c’était de dire que ce magistrat n’avait pas cherché à mettre “en confiance” Cécillon pour qu’il s'explique, qu’il avait été “partial”... Et qu’à Grenoble, il était “controversé”. Le mot qu’il n’a pas digéré et qui était au centre de ce procès.
Et j’ai vite compris au début de cette audience qu’au fond, la vraie question qui était posée avec cette affaire était simple : un journaliste a-t-il le droit de juger un juge ? Pas facile de défendre ce droit devant des juges !

J’ai donc dû m’expliquer longuement devant cette 6ème chambre du tribunal correctionnel. Avec une impression forte : celle d’être condamné à l’avance. Normal. D’autant plus que Lyon Mag a une sale réputation chez les magistrats lyonnais qu’on a “bastonnés” régulièrement.

Vieux repris de justice avec un casier judiciaire digne d’un ennemi public n°1, je n’étais donc pas vraiment surpris. Mais ce procès m’intéressait car il posait une question essentielle qui interpelle tous ceux qui exercent un pouvoir. Juges bien sûr mais au-delà : élus, patrons, syndicalistes, religieux... Mais aussi journalistes. Est-il légitime de critiquer, même durement, toutes ces “autorités” ?

Il y a quelques années encore, je serais venu devant ce tribunal correctionnel, comme un rebelle. Révolté d’avoir à me justifier d’exercer un droit aussi fondamental. Alors que le rôle des médias est justement d’exercer un contre-pouvoir.

Mais avec les années et les procès, j’avoue que j’ai mûri. J’ai compris qu’il faut convaincre avant d’exiger. Un travail de longue haleine. Et j’espère que le message est passé devant cette 6ème chambre qui juge justement les affaires de presse à Lyon. D’ailleurs, le président Fernand Schir a eu le mérite de favoriser un vrai débat. Et notre adversaire Béroud m’a paru sincère. Touché, je le crois, par cet article de Lyon Mag. En revanche, il a éludé la plupart des questions que posait notre avocat. Pourquoi il n’a pas attaqué les autres médias ? Comment estime-t-il son préjudice à 20 000 euros ? Les médias ont-ils le droit de critiquer les juges ? Pas de réponses non plus, si ce n’est pour dire que cette critique doit rester ultra-light. Mais, au fond, en écoutant ce magistrat j’ai compris qu’affronter la critique, ce n’était pas dans sa culture. Comme le procureur qui siégeait à cette audience mais qui, lui, n’a pas fait l’effort de participer à ce débat en exigeant de façon mécanique “une condamnation lourde”.
Décision : le 9 septembre prochain. Sans illusion. Il faudra sans doute beaucoup de procès comme celui-là pour faire évoluer les mentalités. Et ce n’est pas gagné. Car il faut faire admettre à tous ceux qui exercent un pouvoir que ce pouvoir puisse être remis en cause.

 

Commentaire

Christian.M

Je pense que Christian Latouche va abandonner et vous laisser tranquille, il a tellement à faire avec Lyon Capitale qui annonce une nouvelle formule pour la rentrée.

Réponse de Ph. Brunet-Lecomte à Libertan

On a déjà beaucoup parlé de notre conflit avec le pdg de Fiducial Christian Latouche. En vous tenant régulièrement informé. Rien de très nouveau depuis qu’on lui a proposé une médiation qu’il a refusée. Du coup, le combat judiciaire continue avec quelques échéances importantes cet été et à la rentrée. Mais on est toujours décidé à résister en défendant notre indépendance. D’autant plus qu’aujourd’hui, le vent est en train de tourner. D’ailleurs vous avez peut-être remarqué : Latouche a enlevé de son site Internet une “info” où il affirmait être pdg de Lyon Mag !

ibrastar

lla bonne foi des juges et la bonne justice vont de pair, tout justiciable doit faire confiance à ses juges et à la justice et les voies de recours existent pour éventuellement corriger des erreurs d'appréciation. L'injustice est de prendre les juges et la justice comme adversaires...

Libertan

En parlant de pouvoir remis en cause, on ne vous entend plus tellement parlé de votre combat pour l'indépendance de Lyon Mag ? Le fond de votre quotidien est il aussi noir que vous préfériez rester tranquille à ce niveau là, ou bien est ce que les choses tournent à votre avantage ? Récemment, j'ai lu un article disant que votre tête était mal en point sur vos épaules puisque la justice semble avoir décidé que vous n'étiez plus patron de Lyon Mag, est ce la vérité M. Brunet-Lecomte ?
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