Lundi matin, j’ai passé deux heures à l’Elysée. Et je tiens d’abord à rassurer les fidèles de ce blog : non, je n’ai pas retourné ma veste pour devenir pro-Sarko. Mais en tant que secrétaire général de la FPMR, la fédération des magazines régionaux, je suis allé plaider la cause des petits groupes de presse.
Ces petits groupes qui, en province, se battent pour une information de proximité alternative mais aussi pour leur indépendance face, notamment, aux grands groupes de presse qui exercent un véritable monopole dans les régions.
A mes côtés, Hervé Louboutin, le patron du Nouvel Ouest, un magazine breton, vice-président de ce syndicat qui regroupe une quinzaine de magazines. Et pendant près de deux heures on a essayé de faire passer un message au fond assez simple alors que l’équipe Sarkozy prépare ces fameuses Assises de la presse dont le programme et les objectifs vont être rendus publics dans les jours qui viennent. Un sacré chantier qui a été confié à Emmanuelle Mignon, une proche du président de la République dont elle a été la directrice de cabinet.
Un bon point d’abord, Emmanuelle Mignon est capable d’écouter un discours un peu différent sur la crise de la presse. Car ce qu’on est allé expliquer à l’Elysée, lundi, c’est que la crise de la presse n’était pas d’abord une crise économique et financière mais une crise morale. C’est-à-dire une crise profonde provoquée par une perte de repères et de sens dans l’univers journalistique. Voilà pourquoi il faut profiter de cette crise pour remettre à plat un certain nombre de fondamentaux.
On a également insisté sur une évidence qui, vue de Paris, n’est pas toujours facile à saisir : l’information, ce n’est pas simplement des grands groupes nationaux, des grands médias nationaux... Mais c’est aussi de petites entreprises, implantées dans les régions, qui tentent d’innover. Sans grands moyens, souvent à l’ombre de dinosaures qui supportent mal la concurrence. Et que ces pionniers méritent d’être entendus car ils vivent des expériences différentes qui peuvent être intéressantes justement pour trouver des solutions à la crise qu’affronte aujourd’hui la presse, notamment la presse écrite.
Et on a insisté auprès d’Emmanuelle Mignon pour que ces assises ne se déroulent pas simplement à Paris mais qu’on organise également une journée en “province” et pourquoi pas à Lyon. Afin d’inscrire ce grand débat dans la proximité. Mais on a aussi plaidé pour que les journalistes soient étroitement associés à cette réflexion. Car à la tête de ces grands groupes qui dominent aujourd’hui la presse, on retrouve essentiellement des gestionnaires, des financiers, des techniciens, voire des hommes de marketing. Ce qui, d’ailleurs, n’empêche pas tous ces grands groupes d’être souvent en difficulté... Du Monde au Figaro en passant par Libération... Aujourd’hui, la crise n’épargne personne. Mais les solutions sont loin d’être évidentes. Surtout si on continue à limiter la réflexion à la seule sphère technico-économique. Car aujourd’hui, si la crise est aussi profonde, ce n’est pas seulement à cause de l’émergence des gratuits ou de l’internet. Ni parce que la diffusion des journaux est trop chère, mal organisée, ni parce que les gens ont perdu l’habitude de lire... Cette crise est profonde parce qu’il y a une réelle crise de confiance qui se traduit par une désaffection de plus en plus forte des lecteurs vis à vis de de leurs journaux. Crise de confiance car les journalistes ne pilotent plus les médias, justement. Ils ont été relégués en coulisses. Et ils ne pèsent plus sur les grandes orientations stratégiques en défendant les valeurs, les principes et les exigences de leur métier. Or, la seule solution pour rétablir cette confiance, c’est de renouer avec une vraie qualité de l’information. C’est-à-dire redéfinir les principes qui doivent guider les journalistes. On ne peut plus se contenter de la fameuse charte de 1938 pour régir cette profession en tenant des discours hypocrites sur l’éthique journalistique, ni de la loi sur la presse de 1881. On ne peut plus se contenter de cette fameuse carte de presse accordée à la simple condition de tirer 80% de ses revenus du journalisme. On ne peut surtout pas accepter que l’argent règne en maître dans cet univers ultra sensible de l’information où aujourd’hui la logique “concentrationnaire” est en train d’éradiquer tout vrai pluralisme, toute vraie concurrence, en tuant progressivement tous les médias alternatifs.
Voilà pourquoi ce gigantesque chantier que veut ouvrir l’Elysée est un chantier crucial. Surtout dans une démocratie où la presse joue un rôle essentiel pour garantir un vrai débat. Au fond cette crise est une chance car c’est toujours en période de crise qu’on se pose les vrais problèmes et qu’on réfléchit en profondeur. Espérons qu’à l’Elysée, on a compris qu’il faut éviter de faire de ces Assises un grand show bling-bling où les financiers et les gestionnaires auront le dernier mot. Il faut que les journalistes guident ce débat et qu’ils en profitent pour se remettre en cause et proposer des solutions. Mais il faut aussi que les élus se sentent concernés, mais surtout le grand public. Car pour rétablir la confiance, il ne faut surtout pas que les solutions tombent d’en haut. Mais qu’un vrai débat s’engage.
Voilà ce qu’on est allé plaider à l’Elysée. En espérant avoir été entendus. Et même si on a senti chez Emmanuelle Mignon qui pilote ces Assises, une vraie écoute, on a bien conscience que c’est un sacré défi.









Commentaire
André
PHILIPPE
Le Cors@ire
maracana
Réponse de Lyon Mag
Un Lyonnais
Ethique journalistique